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Z est parfois perdu

17574e jour, par JC Sekinger

Pour répondre à une question, Z commence — semble-t-il — par dire toute autre chose, par répondre « à côté ». Nombre de ses interlocuteurs, lassés ou inquiets, ne l’écoutent pas jusqu’à la fin, ou s’enfuient même, profitant d’un silence — parfois long, et que Z explore presque toujours les yeux fermés. Ce qui est d’ailleurs chez lui, signe d’une profonde réflexion : Si deux miroirs se font face et que la question se trouve entre les deux, il faut fermer les yeux. Quand il les rouvre, généralement après sa bouche, son interlocuteur est parti. Pas toujours physiquement — tous les lieux ne le permettent pas — mais juste « perdu », visage un peu tourné. Z suspend alors sa phrase et sa pensée, n’importe où, n’importe comment, et personne ne s’en aperçoit.

Pour répondre à une question, Z commence — semble-t-il — par dire toute autre chose, par répondre « à côté ». C’est qu’il va situer sa petite réponse, il ne peut l’éviter, dans un vaste contexte. En plus, il aime les alexandrins, les hexamètres aussi et les octosyllabes. Il les aime vraiment et ne peux s’empêcher de monter sur leur dos (ce sont de gros oiseaux) et de monter au ciel. La métrique est, pour lui, le cadre du langage, le compte des syllabes... son interlocuteur est « perdu », il lui tourne le dos et Z suspend son vol.

Pour répondre à une question, Z commence — semble-t-il — par dire toute autre chose, par répondre « à côté » : De même qu’une sculpture est presque toujours quelque part (alors qu’un clou peut suffire à la peinture), une réponse ne peut subsister dans le vide : elle doit être enracinée dans l’eau et la chaleur, dans la terre et dans l’air, l’obscurité et la lumière. Ça peut être long. Mais Z répond, il part à l’aventure au risque de se perdre : voyageur imprudent, avant son auditeur, Z est parfois perdu.

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