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Histoires pour m’endormir 4/n

18358e jour, par JC Sekinger

Il était une fois, par une nuit si sombre que se voyaient à peine les chemins les plus clairs, loin de toute maison, six enfants − les yeux grands ouverts dans le noir − qui marchaient l’un derrière l’autre. Marchaient silencieusement car la nuit peu à peu était entrée dans leur bouche. Les arbres étaient de grandes silhouettes, très grandes et indistinctes. Il y avait parfois, en plus du murmure pressé de leurs pas, un cri d’oiseau dans la forêt. Une chute de branche. Un craquement d’écorce puis la forêt ne faisait plus de bruit, longtemps semblait-il.

Ils marchaient sans lumière. Le premier d’entre eux avait froid et guidait sa sizaine comme un chef. Il cherchait le chemin. Le second avait peur et se trouvait petit. Il voulait se rappeler l’odeur de la maison, de la salle à manger. Derrière lui, le troisième se revoyait assis dans la salle de musique : il regardait Ghislaine, ses cheveux longs et noirs et n’en revenait pas. Le quatrième était heureux et sans savoir pourquoi. Il souriait sans que rien ne se voit. Le cinquième était le plus grand, et le plus vieux aussi, il avait déjà un duvet au menton et des rêves étranges − il transpirait beaucoup.

Le sixième et dernier, marchait un peu plus loin, il était fatigué. Il touchait le dizainier dans la poche droite de sa veste, et son mouchoir usé. Il pensait au feuillage si clair, vert-clair et bleu-très-clair, aux longues branches ocres et souples, l’arbre au pied duquel il aimait se cacher (de personne en particulier), ce saule pleureur qui lui, savait pleurer.

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