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Histoires pour m’endormir 3/n

18356e jour, par JC Sekinger

Il était une fois, un petit garçon qui allait à l’école. Son écharpe lui grattait fort le cou ; elle était épaisse et d’un blanc-sale ; son prénom était brodé dessus en grosses lettres de laine bleu-foncée.

Le ciel était uniformément gris et se mit à neiger finement. Le petit garçon avait un gros sac sur le dos, lourd de beaucoup de livres et de cahiers , et enfonça plus loin ses petites mains dans ses petites poches.

La neige se mit à tournoyer, plus épaisse, plus serrée, et les maisons, à chaque pas, devinrent des ombres mouvantes. Des ombres errantes aurait-il dit quarante ans plus tard, en songeant à François Couperin. Mais il n’en était pas là et n’y pensait même pas du tout : il n’avait jamais pensé à ce qu’il deviendrait à telle ou telle étape de sa vie. Il avait seulement pensé, avec de grands et forts vertiges, à la mort et à l’éternité.

Il marchait penché en avant. La neige devint si serrée que tout blanchit et se confondit : rue, ombres, ciel, direction. Le petit garçon s’arrêta, s’inclina encore un peu pour soulager son dos et ferma les yeux un instant.

Lorsqu’il les rouvrit en se redressant, son dos lui faisait encore un peu mal et le brouillard de neige avait totalement disparu. Face à lui, coulait un fleuve très large. Il baissa la tête et regarda à ses pieds : des centaines de petits plumets roses de différentes nuances était étalés en une foule immobile autour de lui.

Il était assis à l’ombre d’un petit arbre qui perdait jour après jour ces fleurs étranges et parfumées. « Un Albizia julibrissin » se dit-il après avoir vérifié en levant la tête. Il avait cinquante ans désormais et se reposait d’une longue marche.