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« Le Porche du mystère de la deuxième vertu »

Éd. Gallimard, Coll. {Poésie} (extrait)

Note du vendredi 27 janvier 2012, 17432e jour, par Jean-Christophe Sekinger

« Et pourtant on est si fier d’avoir des enfants.
(Mais les hommes ne sont pas jaloux.)
Et de les voir manger et de les voir grandir.
Et de les voir dormir comme des anges.
Et de les embrasser le matin et le soir, et à midi.
Juste au milieu des cheveux.
Quand ils baissent innocemment la tête comme un poulain qui baisse la tête.
Aussi souples du cou et de la nuque. Et de tout le corps et du dos.
Comme une tige bien souple et bien montante d’une plante vigoureuse.
D’une jeune plante.
Comme la tige même de la montante espérance.
Ils courbent le dos en riant comme un jeune, comme un beau poulain, et le cou, et la nuque, et toute la tête.
Pour présenter au père, au baiser du père juste le milieu de la tête.
Le milieu des cheveux, la naissance, l’origine, ce centre d’où tous les cheveux partent en tournant, en rond, en spirale.
Ça les amuse ainsi.
(Ils s’amusent tout le temps.)
Ils s’en font un jeu. Ils se font un jeu de tout.
Ils chantonnent, ils chantent des chansons dont on n’a seulement pas idée et qu’ils inventent à mesure, ils chantent tout le temps.
Et du même mouvement ils reviennent en arrière sans s’être presque arrêtés.
Comme une jeune tige qui se balance au vent et qui revient de son mouvement naturel.
Pour eux le baiser du père c’est un jeu, un amusement, une cérémonie.
Un accueil.
Une chose qui va de soi, très bonne, sans importance.
Une naïveté.
A laquelle ils ne font seulement pas attention.
Autant dire.
C’est tellement l’habitude.
Ça leur est tellement dû.
Ils ont le cœur pur.
Ils reçoivent ça comme un morceau de pain.
Ils jouent, ils s’amusent de ça comme d’un morceau de pain.
Le baiser du père. C’est le pain de chaque jour. S’il soupçonnaient ce que c’est pour le père.
Les malheureux. Mais ça ne les regarde pas.
Ils ont bien le temps de le savoir plus tard.
Ils trouvent seulement, quand leurs yeux rencontrent le regard du père.
Qu’il n’a pas l’air de s’amuser assez.
Dans la vie. »

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