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Savoir et Voir

15591e jour, par JC Sekinger

Au fil de mes lectures de Betty Edwards, il y a un quinzaine d’années, mais aussi de James J. Gibson ou d’Ernst Gombrich (L’écologie des images surtout) et de J. Piaget, j’ai conçu que la difficulté majeure pour l’apprentissage du « dessin d’après-nature » (le dessin des apparences) était un conflit entre savoir et voir.

Je m’explique :

Le dessin de ce que je vois

Enfant, il a bien fallu apprendre que nos parents ne rétrécissaient pas vraiment quand ils s’en allaient : nous avons appris à substituer à la dimension apparente et variable de nos parents s’éloignant, une dimension imaginaire constante. Ceci est vrai pour les dimensions mais aussi pour les couleurs et les formes : un papier reste blanc à la lumière de la fenêtre ou à celle de la lampe, le trapèze élastique et incliné de la table reste un rectangle horizontal. Ainsi et heureusement, projetons-nous sur les apparences mouvantes, une représentation stable faite de géométrie, d’abaque chromatique et de centimètres.

Or, pour dessiner ou peindre « d’après-nature », nous devons renoncer à utiliser ce savoir pour voir enfin, simplement, les apparences comme elles se présentent : Nous voyons bien, du haut de la colline, la maison si petite qu’elle tient dans notre main alors que nous savons, comme le maçon, qu’elle est quatre fois plus haute que nous ! Nous voyons elliptique l’embouchure du pot que nous savons pourtant, comme le potier, être ronde. Nous voyons le plateau de la table trapézoïdal et variable alors que nous savons, comme le menuisier, qu’il est rectangulaire et fixe...

Pour voir plutôt que savoir, l’apprenti dessinateur utilisera un cadre réticulé, un fil à plomb, un miroir noirci, etc. il tiendra son crayon horizontal pour se convaincre que telle étagère semble bien inclinée, il en comparera les dimensions apparentes avec d’autres, il regardera les couleurs à travers une mire pour se convaincre qu’apparait bien gris ou bleu ce qu’il croyait être blanc...

Vision sans tête

Les difficultés rencontrées par le découvreur de la Vision sans tête semblent être du même ordre : savoir plutôt que voir ! Savoir que l’on a une tête sur les épaules plutôt que voir qu’il n’en est rien et que de notre point de vue, ici, il n’y a rien qui ressemble à une tête !

Il a été important, dans l’enfance, d’apprendre à m’identifier à mon apparence afin de me reconnaitre (dans tous les sens du mot) mais cette identification s’est presque complètement substituée à la vision de ce-que-je-suis. Pour sortir de cet étouffement, Douglas Harding et ses amis proposent des outils (des « véhicules ») comme le tunnel ou le miroir... vous trouverez des exercices ici ou ici (en anglais)...


C’est pourquoi j’évoque ces faits dans cette rubrique Sans tête plutôt que dans Peinture où ces lignes, au premier abord, semblent devoir se trouver.

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