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Peut-on faire le silence ?

17578e jour, par JC Sekinger

ADK m’a discrètement suggéré que « Fête du silence » peut s’entendre « Faites du silence ! » et aussi, en prenant de la hauteur, « Faîte du silence ».

« Faites du silence ! »

C’est difficile de faire de la musique ? D’apprendre à en faire ? Mais c’est impossible de faire du silence ! Même se taire ne le fera jamais, n’arrêtera jamais le bruit du sang dans les oreilles (il faudrait un silence de mort pour ça, quand un ange passe, mais qui serait l’ange de la mort). Seule la musique peut être faite — et défaite — et sans interrompre le silence !

Le silence est une source, un lit, des rives, une embouchure, un delta, une terre entière, un ciel entier, mais la musique est de l’eau. Elle désaltère et empoisonne, elle pleut et s’évapore, submerge et manque. Ce qui est durable, avant, pendant et après nous, c’est le silence [1].

« Faîte du silence »

Là, on est au sommet. Je parlais du silence comme d’une fondation, un fait premier, fondamental, mais la musique, quelque chose d’elle au moins, ne serait-elle pas l’ultime protection, le « faîte du silence » ?

« (...) nous deviendrions les auditeurs raffinés des musiques des choses, des corps et des langues. Auditeurs, oui, exécutants, sans doute, et peut-être, un jour, compositeurs. Nous deviendrions des Couperin, des Messiaen, des chansonniers, des rappeurs d’excellence si nous entendions comment chantent les mésanges, comment se glisse la brise dans les branchages des charmes, si nous entendions les voyelles des bêtes et les consonnes du monde.

« Cette musique nous entoure, elle aussi. Peut-être même nous fait-elle vivre. » [2]


[1Je dis ça mais un groupe est en train de s’installer, batterie, amplis et timidités de débutants, à quelques mètres de ma fenêtre. C’est du double-vitrage mais la cloison est en bois : je vais bientôt pouvoir entendre voler mes intuitions.

[2Michel Serres, qui ne m’en voudra pas j’espère, dans un article du journal Sud-Ouest, dont je n’ai malheureusement pas noté la date, et qui s’appelait La musique contre la musaque

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