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Bordeaux, décembre 1987

16332e jour, par JC Sekinger

Je suis arrivé en train à Bordeaux en décembre 1989 1987. J’avais choisi cette destination dans les pages de noms propres d’un vieux dictionnaire. J’avais regardé Aix-En-Provence, Strasbourg, Lille, Clermont-Ferrand mais, pour Bordeaux, il y avait une photographie, en noir et blanc, des quais avec des grues...

Je suis parti de Reims et, sans en compter les premières années, j’aurais vécu toute mon enfance et mon « âge bête » en Champagne. Les champs crayeux, les cratères d’obus dans les bois, les chemins blancs et les genêts...

Arrivé à Bordeaux Gare St Jean, le soir, je remonte le Cours de la Marne et sur les indications de mon ami Vincent, je tourne à droite au Marché des Capucins, je me dirige vers St Michel, je sonne à l’appartement de mes hôtes...

Le lendemain matin, je marche dans la brume lumineuse et dorée vers le fleuve. Sur les quais, les grues avaient été démontées, couchées.

Il a fallu quelques jours avant que je sache dans quel sens la Garonne coulait : je la voyais aller, large et boueuse, le matin dans un sens et le soir dans l’autre... Je demande à un gentil vieux, sur le Pont de Pierre : « C’est la marée ! Le courant s’inverse jusqu’à Toulouse », puis il me raconte l’histoire d’un marin ivre...

Les palmiers, je n’en avais jamais vu en Champagne, quant aux figuiers ! J’en avais bien vu un, près de Troyes, dans une encoignure, et il ne donnait jamais de fruit. Ce petit figuier champenois me faisait rêver, il me transportait : je pensais à certains portraits d’Hans Holbein à la cour d’Henri VIII.

Ici, j’entendais dire « adieu ! » pour dire « bonjour ! » et « bonjour ! » pour dire « au revoir ! »... j’avais l’impression que les gens s’insultaient alors qu’ils ne faisaient que parler normalement. Je n’avais d’ailleurs jamais entendu parler aussi étrangement : les drôles pour dire les enfants, la bâche pour la serpillière, piger avait le sens de percher... Ici les boulevards étaient des cours.

Au Jardin Public, il y avait une rivière très artificielle avec des canards et des cygnes blancs ; elle serpentait dans un lit de ciment entre des cyprès chauves ; mais pour la première fois, ébahi, je l’ai vu, et l’exotisme fut à son comble : avançait lentement sur l’eau un cygne noir.


« Un Cygne Noir est l’illustration d’un biais de logique (logical bias). Si on ne croise et n’observe que des cygnes blancs, on aura vite fait de déduire par erreur que tous les cygnes sont blancs. C’est ce qu’ont longtemps cru les Européens avant de faire la découverte de l’existence des cygnes noirs en Australie. En réalité, seule l’observation de tous les cygnes existants pourrait nous donner la confirmation (ou l’infirmation) que ceux-ci sont bien toujours blancs. Cependant, prendre le temps et les moyens d’observer tous les cygnes de la Terre avant de confirmer qu’ils sont tous blancs n’est pas envisageable. Il parait préférable de faire la supposition hâtive qu’ils sont blancs, dans l’attente de voir la théorie infirmée par l’observation d’un Cygne d’une autre couleur. Ainsi construisons-nous des raisonnements à partir d’informations incomplètes, ce qui nous conduit à aboutir à des certitudes erronées. »

Extrait de Wikipedia, la théorie du cygne noir