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La petite porte

16612e jour, par JC Sekinger

J’avais dix-huit ans en 1982. La majorité légale. « Ou tu fais le peintre et tu t’en vas, ou tu vas à l’école et tu restes ». Ma mère croyait sans doute me faire réfléchir, peser raisonnablement le pour et le contre et choisir de rester. Mais je n’étais pas réfléchi, j’aimais déraisonnablement la peinture. J’ai pris la trempe, la raclée de ma vie et quitté la maison maternelle par la petite porte.

En 1986, je suis entré aux Beaux-Arts de Reims par la petite porte, le directeur n’ayant pas voulu de moi dans le cursus habituel, pour suivre des cours du soir de gravure.

En 1988, comme je n’avais pas le Baccalauréat, j’ai passé l’ESEU [1] et je suis rentré à l’Université par la petite porte, dans ce qui s’appelait encore la section D, les Arts Plastiques.

J’en suis parti en février après un différend avec un enseignant de théorie de la couleur (j’ai toujours laissé de minuscules détails changer le cours de ma vie). Je suis allé donner des cours à l’École d’Arts Appliqués de la Gironde. Pas de Baccalauréat, pas de DEUG [2] d’Arts Plastiques, pas d’expérience de l’enseignement, j’y suis entré par la petite porte, avec toute ma passion et mon petit passé de peintre. C’était en 1989.

J’ai travaillé huit ans là-bas. Du point de vue pédagogie, ce fut passionné et passionnant, mais du point de vue social et légal cette expérience professionnelle a été une horreur : Sept ans de travail sans qu’on me fasse de contrat ! La huitième année, on officialise enfin mon travail d’enseignant pour me demander, l’année suivante, de dissimuler la moitié de mes heures ! "Dans ce cas, vous savez ce que ça signifie ?" Je suis parti par la petite porte.

L’été 1990, j’étais allé à Paris, montrer mon travail à la Commission de Validation d’Acquis Professionnels. Ils m’ont donné la première année du DEUG et toutes les UV [3] techniques de la seconde ! Je me suis inscrit à Paris 1, Panthéon-Sorbonne, pour suivre les quelques UV restantes depuis Bordeaux, par le CNED [4]. Cette deuxième année de DEUG à Paris, ce fut encore une petite porte. Et puis j’ai échoué à un examen et j’ai laissé tomber.

Presque vingt ans.

Au début de cette année 2009, je téléphone ici, là, encore ici, encore là et on ouvre enfin le carton : je récupère le dossier de mon inscription et de mes examens à Paris. Je présente un dossier à la Commission de Validation d’Acquis Professionnels de Bordeaux 3 qui valide ma deuxième année de DEUG et me permet de m’inscrire en Licence (L3). Je m’inscris et j’entre à Bordeaux 3 par la petite porte.


Il se peut qu’à l’issue de cette fastidieuse lecture vous ayez appris qu’on peut garder la tête haute tout en devant la baisser, sinon vous avez peut-être appris quelques acronymes et abréviations.


[1Examen Spécial d’Entrée à l’Université

[2Diplôme d’Études Universitaires Générales

[3Unités de Valeur, des cours quoi

[4Centre National d’Enseignement à Distance

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