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S’éveiller vraiment

16577e jour, par JC Sekinger

Il était dans le noir, devant la porte, attendant d’entrer ; il a parlé d’une voix suave, forte et perfide ; j’ai crié et j’ai ouvert les yeux. C’était un cauchemar.

« C’est mon rêve, ma mise-en-scène, ma sécrétion, cet homme effrayant c’est aussi moi et c’est ma peur qui l’affuble d’un masque effrayant ».

Pourquoi, lorsque je ne dors plus, toute situation effrayante traversée ne serait-elle pas encore « mon rêve, ma mise-en-scène, ma sécrétion » ? Comment fait-elle pour m’apparaître ? À travers les portes de mon corps poreux, elle entre et se dissous dans cette histoire que je ne connais que par bribes et que j’appelle « ma vie ». Sans cette histoire confuse et pointillée, pas de situation effrayante ! Notre histoire de vie est prise dans les tissus du rêve, elle est du rêve.

Or vivre, n’est-il pas en soi effrayant : Cette si haute crête de pierres dures, surgie du brouillard et émaillée de plaques mortuaires ?

Oui, c’est un cauchemar. C’est ma sécrétion.

Réveillé, on cherche encore à s’enfuir. Je n’énumère pas les façons de fuir et de se rassurer : il y en a autant que d’individus et chacun a les siennes ; je pourrais parler des miennes mais ça serait une confession publique assez fastidieuse et tout à fait inutile.

La seule façon de sortir du rêve n’est pas de se réveiller si on dort, ou de fuir si on est déjà réveillé, c’est de s’éveiller vraiment.

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