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Piège à lumière

15774e jour, par JC Sekinger

Je n’ai que peu d’imagination et plus j’ai d’objets devant les yeux, plus ils m’impressionnent et plus j’ai du mal à les oublier.

Je n’entends pas ici « imagination » au strict sens de « créer des images » mais à celui, plus large et commun de « rêve éveillé ».

Un jour, j’ai été impressionné par une caisse ajourée, comme un cageot (« à mi-chemin entre cage et cachot » écrit Francis Ponge) mais avec un bois épais et sombre. « Un piège à lumière » me suis-je dit et, aussitôt, je l’ai posé devant moi, à gauche du chevalet. La libre lumière s’y prenait.

Le peintre, je veux dire, celui-qui-dessine-ce-qu’il-voit, se rend captif. Il s’attache à ce qu’il voit. Rémission volontaire, organisée et heureuse : Il renonce à un de ses yeux et avec l’autre, il ne voit, le plus souvent, qu’à travers une mire. L’emplacement de ses pieds est marqué et le fil à plomb montre le centre de la terre. La libre lumière se prend dans un réseau géométrique, entre plan frontal et ligne d’horizon, dans un schéma orthogonal.

Celui-qui-dessine-ce-qu’il-voit enregistre les secousses, comme un sismographe, du fouillis détaillé, odorant et instable, des apparences.

Piège à lumière, équilibriste, chercheur d’étoiles.

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