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Les mains se cherchent dans les mots

17048e jour, par JC Sekinger

Il se retourne sous le drap. Anxieux. Il compte mentalement. Il se lève pour vérifier. Il ne fait pas froid.

S’il mesure, c’est pour échapper à la souffrance. Son inquiétude est une granulométrie. Comme celle de l’entomologiste du livre qui, pour fuir, se remémore le diamètre moyen des grains de sable.

Se peut-il que les échanges électroniques se perdent ? Ils ne sont fait que de 0 et de 1 après tout, et voyagent parfois sous les mers.

Non bien sûr, se dit-il, c’est autre chose. Il penche encore la tête. Autre chose. Il regarde sa main gauche.

Ça n’est pas le temps qui manque, ici, ce sont les mains ! Car les mains se cherchent dans les mots, les gants des mots. Ce ne sont pas 172 messages qui lui manquent, ce sont en fait certains mots, certaines rencontres de mots !

Mais c’est sûrement en vain qu’elle cherche ses mots, elle doit simplement peiner ou se résigner — ou mieux, avoir appris — et ce serait pour cette raison que sa vie à lui, simplement, s’étirerait douloureusement.

Il déplore que son client de messagerie affiche ainsi des statistiques, et tout son corps se serre.

Il ferme les yeux, sous la douche chaude, et dans cette obscurité indéfinissable, il voit une chevelure aux reflets d’or et de cuivre dans une eau sombre et verte.

C’est un problème de continu et de discontinu, d’amour discret, atomisé : les mots électroniques sont discontinus, pas ceux qu’on prononce, qu’on chuchote à l’oreille, en écartant du bout du doigt une boucle cuivrée.

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