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Dans ce Vide parfait !

17372e jour, par JC Sekinger

Tout à l’heure, faisant la sieste, et comme chaque fois, portes non-verrouillées. J’ai été réveillé par un bruit, un froissement ; je me suis dressé et, sans lunettes, j’ai vu une forme sombre et floue à la porte de l’atelier, il y avait quelqu’un là qui se tenait sans bouger et ne disait rien ; j’ai bondi, mis mes lunettes, c’était un inconnu et j’ai crié « qu’est-ce que vous faites-là ? Vous n’avez pas le droit d’entrer ! » J’ai dévalé l’échelle de meunier en me précipitant vers l’homme qui était grand, gros et sale, sentait mauvais... je crois que nous étions aussi effarés l’un que l’autre ! Je criais mon droit en avançant furieusement, il reculait en répétant « j’ai frappé à l’entrée » « je n’ai rien volé », j’avançais et il reculait... je ne sais pas quand il m’a parlé de sa femme qui voulait de l’eau « Vérifiez, je n’ai rien volé » « Ma femme se sent mal, elle voudrait de l’eau », derrière l’homme qui reculait vers l’ouverture de la porte d’entrée, se tenait une femme, dehors, les yeux écarquillés, avec une bouteille en plastique sale et usé ; de pauvres gens aux vêtements et au visage sales et usés : l’homme est sorti enfin, j’ai tendu le bras par la porte restée ouverte et saisi la bouteille « je n’ai rien volé, vous pouvez vérifier, vous pouvez appeler la police » — pourquoi parlait-il de ça ? « il n’a rien volé, la porte était entrouverte ». J’ai rempli la bouteille (« vous n’avez pas le bouchon ? »), me suis excusé de ne pas pouvoir leur donner de fruits, elle a bu et j’ai hâtivement fermé derrière eux. Fermé aussi la grille à clefs.

Sillage de peurs, de culpabilités.

Plus tard je me suis dit qu’il aurait pu appeler depuis la porte, qu’il mentait très mal ou qu’il était très bête, que nous l’étions tous trois... et que décidément, connu et inconnu, mensonges et colères, sommeil et cauchemar... il peut tout apparaître dans ce Vide parfait !