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Comme s’il vivait en creux

16486e jour, par JC Sekinger

Il se dit en visitant les ateliers des unes, des uns et des autres, qu’il n’est peut-être pas peintre.

Mais quoi alors ? Il peint certes, assez régulièrement pour répondre lorsqu’on l’interroge sur ce qu’il fait dans la vie :
- je suis peintre
- Peintre en bâtiment ?
Et là, il précise un peu gêné :
- Artiste-peintre...

Il peint pour comprendre et pour qu’on le comprenne. C’est comme respirer mais avec son âme (ou quelque chose comme ça).

Un peintre en bâtiment vend des heures de travail, mais lui, que pourrait-il vendre ? Rien de son âme n’est à vendre, rien ne pourrait en être vendu : ni souvenir, ni désir, ni lucidité, ni foudre... Vendre pour « renouveler sa force de travail » ? Mais vendre quoi ?

Mais peindre lui-diriez-vous, n’est pas vendre ! Il est peut-être peintre après tout. Mais rien ne le lui confirme ou si peu : Il expose un ou deux petits tableaux, une fois pas an. On ne parle pas de lui, du moins pas qu’il sache. On le cite une fois dans un petit livre, pour une phrase dite rêveusement. Il n’a même pas appris la peinture dans une École d’Art.

Vous pourriez encore lui objecter qu’aucun de ces signes ne montre vraiment qu’il ne soit pas artiste-peintre et ça lui ferait peut-être du bien de l’entendre... mais tout ce que vous lui donneriez tomberait dans un gouffre car n’ayant pas d’estime de lui-même, c’est comme s’il vivait en creux. L’estime de lui-même. Il n’en a pas reçu. Enfin, juste des miettes qui tombaient de la table familiale, celles que la chienne ne léchait pas avant lui.

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