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Ce corps vivant

16479e jour, par JC Sekinger

Le corps humain vivant est parfois rose à l’extérieur et, sous la peau, d’une matière molle et fragile. Dans son for intérieur, ce corps est armé de façons d’échafaudages assez durs, entre verre et bois, pour le porter et résister élastiquement à la plupart des chocs. Ce corps vivant est rempli de sang, de graisse et d’autres substances : cela fait des couleurs surtout rouges, blanches bleues et noires (et toutes synthèses d’icelles qu’une brosse puisse faire). Ce corps vivant est plutôt souple et ne se raidit que lorsque la vie s’en échappe. Nous ne savons d’ailleurs pas ce qu’est la vie, ni où elle est exactement, mais nous en connaissons des signes : dans une cage entrouverte, il y a un gros muscle rouge qui pompe le sang du corps et l’y rejette. Il y a là aussi deux grands sacs roses qui se déplient et se replient afin d’aspirer l’air (ce qui fait, remarquez, que ce corps humain vivant dépend de tout le ciel). Dans une boîte dure, un peu ronde et close, flotte en apesanteur un gros kilogramme de tendre cerveau. Nous ne savons pas trop comment il fonctionne. Ce corps a nombre d’orifices, dit-on, mais à la vérité, ce sont plutôt des puits débouchant à sa surface, disparaissant en lui, souvent de plusieurs mètres, enroulés sur eux-même, ou le traversant de part en part. Nombre, aussi, d’excroissances.

Le tout ensemble perçoit et pense, et songe aussi, et danse.